L'instant d'après, Daniel l'avait oublié, lui et ses pressentiments.
Assis dans le petit salon de M. de Brévan, il remettait ses titres de propriété à ce confident fidèle, lui expliquant le parti le plus avantageux qu'il y avait à tirer des diverses terres qu'il possédait, comment tels bois devaient être vendus en bloc, comment au contraire telle ferme d'un seul tenant gagnerait à être divisée en petits lots avant les enchères...
M. de Brévan ne pâlissait plus maintenant...
Il avait retrouvé toute son assurance et à son flegme accoutumé succédait un empressement du meilleur augure.
Il ne voulait point, déclarait-il, que son ami Daniel fût volé... Aussi se proposait-il de se rendre de sa personne dans le pays pour visiter les acquéreurs et surveiller les enchères... A son avis, il y aurait sagesse à vendre peu à peu, sans précipitation... S'il fallait de l'argent, eh bien! on en trouverait toujours au Crédit Foncier.
Et l'autre était tout ému de ce dévouement d'un garçon qui passait pour être égoïste...
Si encore ç'eût été tout, mais non.
Capable, pour servir Daniel, des plus grands sacrifices, M. de Brévan s'était armé d'une grande résolution. Prenant sur lui, disait-il, d'oublier son aversion pour miss Brandon, il comptait, dès qu'elle serait mariée, se faire présenter à l'hôtel de la Ville-Handry et en devenir un des hôtes assidus. Il aurait peut-être à jouer, ajoutait-il, une comédie pénible, mais ainsi il verrait souvent Mlle Henriette, il serait au courant de sa vie et plus à portée de diriger sa conduite et de lui venir en aide le cas échéant...
—Cher Maxime, répétait Daniel, cher et excellent ami, comment jamais reconnaître tout ce que vous faites pour moi!...
De même que la veille, ils dînèrent ensemble dans un des restaurants du boulevard, et après le dîner M. de Brévan voulut absolument accompagner son ami jusqu'à la rue de Varennes.