—Adieu!... dit-il à Mlle Henriette, adieu!... Demain vous aurez une lettre de moi...

Et il s'enfuit, mais non si vite qu'il n'entendît la voix gouailleuse du comte de la Ville-Handry, qui disait:

—Eh! eh!... voilà cependant l'honnête jeune fille qui osait calomnier miss Sarah!...

La porte du jardin refermée, Daniel s'y accola un moment, prêtant l'oreille, espérant que la voix de M. de la Ville-Handry arriverait encore jusqu'à lui...

Mais il n'entendit que des exclamations confuses, puis rien... plus rien.

C'en était fait désormais, il partirait sans revoir Mlle Henriette, sans ce bonheur amer de la serrer entre ses bras... Et il ne lui avait rien dit de ce qu'il avait à lui dire, de toutes les recommandations qui devaient être ses suprêmes adieux...

Comment avaient-ils été surpris?... Comment le comte, qui s'envolait d'ordinaire aussitôt son dîner, était-il resté?... Comment s'était-il inquiété de sa fille, lui qui ne s'en préoccupait jamais plus que si elle n'eût pas existé?...

—Ah! nous avons été trahis! pensa le malheureux.

Par qui?... Par cette doucereuse femme de chambre, évidemment, qu'il avait vue le matin, par cette Clarisse en qui Mlle Henriette avait toute confiance.

S'il en était ainsi, comme il n'était que trop probable, où adresserait-il ses lettres désormais?... Pour cela encore, pour donner de ses nouvelles à Mlle de la Ville-Handry, il lui faudrait avoir recours à M. de Brévan... Ah! il reconnaissait bien là l'exécrable et savante politique de miss Brandon.