C'était en effet M. de Brévan qui écrivait:
«Mademoiselle,
«Avec tout Paris, j'ai appris votre fière et noble protestation le jour du malheureux mariage de votre père... Les égoïstes et les sots vous blâmeront peut-être... méprisez-les, vous avez pour vous tous les gens de cœur... Et mon cher Daniel, s'il était ici, vous approuverait et admirerait votre courage comme je l'admire moi-même...»
Elle respira longuement, comme si sa poitrine eût été soulagée d'un poids énorme.
L'ami de Daniel l'approuvait... Quel prétexte, désormais, pour étouffer la voix de la raison et écarter toute velléité de prudence!...
Toute la lettre de M. de Brévan, d'ailleurs, n'était qu'une longue et respectueuse exhortation à une résistance désespérée, à outrance.
Plus loin, il disait:
«Au moment de monter en wagon, Daniel, mademoiselle, m'a remis pour vous une lettre qui est l'expression de ses plus intimes pensées... Avec une pénétration digne d'un cœur tel que le sien, il prévoit et résoud toutes les difficultés dont votre belle-mère ne manquera pas de vous embarrasser... Cette lettre est trop précieuse pour être confiée à la poste. C'est pourquoi, avant la fin de la semaine, je me serai fait présenter chez M. de la Ville-Handry, et j'aurai l'honneur de vous la remettre en mains propres...»
Et plus loin encore:
«J'aurai demain, continuait M. de Brévan, par un officier anglais de mes amis, l'occasion de faire parvenir de promptes nouvelles à Daniel... Si vous désirez lui écrire, faites-moi parvenir votre lettre aujourd'hui même, rue Laffitte, 62, je la joindrai à la mienne.»