Ils n'y restèrent pas longtemps seuls... Le comte et la jeune comtesse avaient dû faire savoir qu'ils resteraient chez eux, car bientôt arrivèrent beaucoup de visiteurs qui avaient été, quelques-uns dans l'intimité de M. de la Ville-Handry, le plus grand nombre, des familiers de la rue du Cirque...
Mais Mlle Henriette appliquait trop fortement son attention à observer sa belle-mère pour remarquer de quel air on l'examinait, quels regards on lui adressait à la dérobée, et l'affectation des femmes et des jeunes filles à la laisser seule...
Pour ouvrir son entendement à la vérité, pour ramener sa pensée à l'horrible réalité de la situation, un fait brutal était nécessaire.
Il ne tarda pas à se présenter.
Les visiteurs affluant, la conversation avait cessé d'être générale, des groupes s'étaient formés et deux dames étaient venues s'asseoir près de Mlle Henriette, deux amies de la comtesse Sarah, sans doute, car elle ne les connaissait pas, et l'une d'elles avait un accent étranger assez prononcé.
Elles causaient... Machinalement Mlle Henriette prêta l'oreille.
—Vous n'avez pas amené votre fille? demandait l'une.
—Certes non, répondait l'autre, et je ne l'amènerais pas ici pour un empire... Ignorez-vous donc les mœurs de Mlle de la Ville-Handry?... C'est inimaginable et déplorablement scandaleux... Le jour du mariage de son père, elle s'était enfuie avec on ne sait qui, par la faute d'un domestique qui a été chassé, et pour la retrouver et la ramener, il a fallu l'intervention de la police... Sans notre chère Sarah, qui est divinement indulgente, le comte l'eût mise en correction...
Un cri étouffé les interrompit... Elles se détournèrent...
Mlle Henriette venait de se trouver mal et de glisser sur le tapis...