Si bien que deux heures du matin étaient sonnées quand, après avoir congédié sa confidente Clarisse, elle osa déplier sa précieuse lettre...

Hélas!... Elle n'y trouva pas ce qu'elle espérait, des conseils, mieux que cela, des ordres réglant sa conduite.

Dans le trouble affreux de son départ forcé, Daniel ne s'appartenait pas assez pour envisager froidement l'avenir et en évaluer les probabilités.

Désespéré, il avait employé trois grandes pages à affirmer son amour à Mlle Henriette, à lui jurer que sa chère pensée ne le quitterait pas, à la supplier de ne pas l'oublier... et c'est à peine s'il consacrait vingt lignes à des recommandations qui eussent exigé les détails les plus précis et les plus minutieux.

Toutes ses exhortations, d'ailleurs, se résumaient en ceci: S'armer de patience et de résignation jusqu'à son retour; ne quitter la maison paternelle qu'à la dernière extrémité, en cas d'un danger pressant, et jamais, quoi qu'il advînt, sans avoir consulté M. de Brévan...

Et pour comble, par un fatal excès de délicatesse, redoutant de blesser une susceptibilité qu'il savait excessive, Daniel n'informait pas Mlle Henriette de circonstances essentielles.

Il se bornait, par exemple, à lui dire que si la fuite devenait son unique ressource, elle ne devait pas s'arrêter à des considérations d'intérêt, qu'il avait tout prévu et paré à tout.

Comment conclure de là que ce malheureux, égaré et aveuglé par la passion, avait confié deux ou trois cent mille francs, toute sa fortune, à son ami Maxime...

Cependant, l'opinion de Daniel était trop celle de M. de Brévan pour que Mlle de la Ville-Handry hésitât...

Et lorsqu'elle s'endormit, sa résolution était bien arrêtée.