Il ne l'épiait plus furtivement comme autrefois, il la guettait dans les corridors, prêt en apparence à se précipiter sur elle, avançant les lèvres comme pour effleurer ses joues, allongeant les bras comme pour lui saisir la taille. Un laquais ivre poursuivant une maritorne n'eût pas eu de pires ni de plus basses impudences.

Epouvantée, la pauvre jeune fille se traîna aux genoux de son père, le conjurant de la protéger... Mais il la repoussa, lui reprochant de calomnier le plus honnête et le plus inoffensif des hommes... L'aberration ne pouvait aller plus loin.

Et sir Tom dut avoir connaissance de l'échec de Mlle Henriette, car le lendemain il la regardait en ricanant, sentant qu'il pouvait tout oser.

Et il osa ce qui devait paraître impossible... Un soir, une nuit plutôt, que le comte et sa femme étaient au bal, il vint frapper à la porte de la chambre de Mlle Henriette...

Eperdue, elle sonna, et les domestiques qui survinrent la délivrèrent du misérable...

Mais de ce moment, ses terreurs n'eurent plus de bornes, et quand M. de la Ville-Handry conduisait la comtesse au bal, elle se barricadait dans sa chambre et passait la nuit tout habillée dans un fauteuil...

Pouvait-elle demeurer davantage sur le bord d'un abîme sans nom?... Elle ne le pensa pas, et après de longues et douloureuses incertitudes:

—Mon parti est pris, dit-elle un soir à M. de Brévan, je dois fuir.

Plus étourdi que d'un coup de bâton sur le crâne, la bouche béante, la pupille dilatée, M. de Brévan était devenu livide, la sueur perlait à ses tempes et ses mains tremblaient comme les mains avides de l'homme qui atteint, qui va saisir une proie ardemment convoitée.

—Ainsi, balbutia-t-il, c'est décidé, vous allez abandonner la maison paternelle...