—Préparez donc tout, monsieur, prononça-t-elle tristement, je m'abandonne à votre amitié, à votre dévouement, à votre honneur...
Une petite toux sèche empêcha d'abord M. de Brévan de répondre, puis vivement, l'évasion étant résolue, il s'inquiéta d'en trouver les moyens...
Mlle Henriette proposait d'attendre une nuit où son père conduirait la comtesse au bal. Elle se glisserait dans le jardin et franchirait le mur...
Mais l'expédient parut dangereux à M. de Brévan.
—Je crois que j'ai mieux, fit-il. M. de la Ville-Handry donne une fête, ces jours-ci?
—Après-demain, jeudi.
—Parfait... Jeudi donc, mademoiselle, dès le matin, vous vous plaindrez d'un violent mal de tête et vous enverrez chercher le médecin... Il vous ordonnera n'importe quoi, que vous ne ferez pas, mais on vous croira souffrante, on vous surveillera moins. Le soir venu, cependant, quelques minutes avant dix heures, vous descendrez et vous irez vous cacher à l'entrée de l'escalier de service qui est au fond de la cour... C'est possible, n'est-ce pas?...
—C'est facile, même, monsieur...
—En ce cas je réponds du succès... Moi, à dix heures précises, j'arriverai en voiture. Mon cocher à qui j'aurai fait le mot, au lieu de m'arrêter devant le perron, aura l'air de faire une fausse manœuvre, et m'arrêtera juste à l'entrée de l'escalier... Je sauterai à terre, et vous, lestement, vous vous élancerez dans la voiture.
—Oui, comme cela, en effet...