Bientôt retentit sur le sable de la cour le roulement sourd des voitures amenant les premiers invités...

Désormais, ce n'était plus pour Mlle Henriette qu'une question de minutes, et elle les comptait à sa montre avec d'effroyables battements de cœur...

Enfin les aiguilles marquèrent dix heures moins le quart.

D'un mouvement automatique, Mlle Henriette se dressa, elle jeta sur ses épaules un immense cachemire, et, prenant son petit sac de voyage, elle s'échappa de son appartement et se glissa le long des corridors jusqu'à l'escalier de service.

Elle allait sur la pointe du pied, retenant son haleine, l'œil et l'oreille au guet, prête à battre en retraite au moindre bruit suspect ou à se jeter dans la première chambre venue...

Ainsi, sans encombre, elle descendit, arriva à l'entrée obscure de l'escalier, et là, dans l'ombre, assise sur son petit sac, elle attendit, haletante, les cheveux trempés d'une sueur froide, les dents lui claquant dans la bouche de frayeur...

Enfin, dix heures sonnèrent, et les vibrations de l'horloge n'étaient pas encore éteintes, que le coupé de M. de Brévan parut...

Assurément son cocher était un habile homme... Feignant de n'être plus maître de son cheval, il le fit tourner sur place et le força de reculer avec une si adroite maladresse que la voiture alla donner contre le mur du fond, la portière de droite se trouvant juste en face de l'étroite entrée de l'escalier...

Plus prompt que l'éclair, M. de Brévan sauta à terre... Mlle Henriette s'élança d'un bond... personne ne vit rien...

Et l'instant d'après, la voiture sortait au petit pas de l'hôtel de la Ville-Handry, remontait la rue de Varennes et allait s'arrêter devant l'esplanade des Invalides...