—Allons, murmura-t-elle, comme pour s'annoncer à elle-même la catastrophe suprême, c'est maintenant qu'il faut quelques minutes de courage!...

Elle disait cela, mais avec la certitude affreuse que l'inexorable échéance était arrivée, elle se sentait glacée d'horreur jusque dans les moelles, comme si elle eût vu le bourreau entrer dans sa chambre pour lui signifier son arrêt de mort.

Et cependant, depuis plus d'un mois, elle ne songeait qu'au suicide, et la veille encore elle trouvait comme une âpre jouissante à cette pensée...

—Serais-je donc lâche? se disait-elle avec un mouvement de rage.

Oui, elle avait peur... oui, elle avait beau se représenter qu'il ne lui restait plus qu'à choisir entre la mort et sir Tom ou M. de Brévan, elle était terrifiée...

Hélas! elle n'avait pas vingt ans, jamais elle n'avait senti en elle une telle exhubérance de vie, elle voulait vivre, vivre encore un mois, une semaine, un jour!...

Si son châle n'eût pas été brûlé cependant!

Alors, d'un œil égaré, explorant son misérable logis, elle aperçut ce chef-d'œuvre de patience qu'elle avait entrepris... C'était une robe de mousseline, tout ouvragée de broderies d'une merveilleuse finesse et d'un dessin exquis... Malheureusement, elle était loin d'être achevée...

—N'importe! se dit-elle, j'en trouverai peut-être quelque chose...

Et, roulant la robe à la hâte, elle courut l'offrir à la louche brocanteuse qui lui avait déjà acheté ses boucles d'oreilles, et plus tard sa montre.