Et pas du tout...
Restée seule après le départ du père Ravinet, Mlle de la Ville-Handry n'avait fait que s'affermir dans la résolution de s'abandonner à lui aveuglément, se défendant même de réfléchir, puisqu'elle n'avait pas, humainement, d'autre parti à prendre.
Après donc avoir reçu la visite de la Chevassat et lui avoir joué la scène convenue avec le vieux brocanteur, elle se leva, et bien que très-souffrante encore, elle se posta devant la fenêtre, guettant le moment propice.
Quatre heures sonnaient et la nuit tombait, quand elle vit le portier sortir de sa loge une lumière à la main et s'engager dans le grand escalier pour y allumer les lanternes.
—Allons! il est temps! se dit-elle.
Et jetant un dernier regard à cette misérable chambre où elle avait tant souffert et tant pleuré, où elle avait cru mourir, elle s'élança dehors.
L'escalier de service était fort obscur, aussi ne dut-elle pas être reconnue par deux personnes qu'elle y croisa. La cour était déserte, la loge des concierges fermée. Elle traversa rapidement le vestibule et d'un bond fut dans la rue.
A quarante pas, sur la gauche, elle pouvait voir la voiture de place où l'attendait le père Ravinet. Elle y courut, monta, et le cocher, qui avait le mot, fouetta ses chevaux dès qu'il entendit claquer la portière...
—Et maintenant, monsieur, commença-t-elle, où me conduisez-vous?...
Aux lueurs du gaz des magasins éclairant par intervalle l'intérieur de la voiture, elle pouvait voir les traits du bonhomme... Il la contemplait avec une expression manifeste de contentement, et un bon sourire d'amicale malice errait sur ses lèvres.