—Vous êtes ici chez vous, mademoiselle, dit-il à Mlle Henriette.
Toute saisie, la pauvre fille cherchait en quels termes témoigner l'excès de sa reconnaissance; la vieille dame ne lui en laissa pas le temps.
Elle lui montrait, étalés sur le lit, des jupons, du linge blanc, des bas, un chaud peignoir de flanelle grise à petites fleurs bleues, et, à terre, des pantoufles.
—Voici toujours de quoi changer ce soir, mademoiselle, disait-elle, j'ai pourvu au plus pressé, demain, nous verrons pour le reste...
De grosses larmes, des larmes de bonheur et d'attendrissement, cette fois, roulaient le long des joues pâlies de Mlle Henriette. Oh! oui, c'était une surprise, et délicieuse, que lui avait ménagée l'ingénieuse protection du vieux brocanteur.
—Ah! vous êtes bons, murmura-t-elle en tendant ses mains au frère et à la sœur, vous êtes bons... Comment reconnaître jamais tout ce que vous faites pour moi!...
Puis, surmontant son émotion et s'adressant au père Ravinet:
—Mais qui donc êtes-vous, monsieur, vous qui venez ainsi au secours d'une pauvre fille qui est une étrangère pour vous, et par la délicatesse de votre générosité en doublez le prix?
Ce fut la vieille dame qui répondit:
—Mon frère est un malheureux homme, mademoiselle, qui a payé de son bonheur, de son avenir, de son existence même, un moment d'égarement... Ne l'interrogez pas. Qu'il soit pour vous ce qu'il est pour tous: Antoine Ravinet, marchand de curiosités.