—Je ne suis pas une girouette!... était une de ses déclarations favorites.
Pauvre homme, qui ne comprenait pas que pour tourner au sens contraire du vent qui souffle on n'en tourne pas moins.
La comtesse le comprit, et ce fut là sa force.
Après plusieurs mois de patience et de tâtonnements, il lui sembla qu'elle avait atteint son but, et que désormais, dès qu'elle le voudrait sérieusement, elle dirigerait à son gré les volontés de son mari.
Pour tenter l'expérience, une occasion se présentait.
Encore que la noblesse des environs eût bien rabattu de ses hauteurs, et même lui fût presque revenue, surtout depuis son héritage, la comtesse estimait sa situation pénible et souhaitait ardemment quitter le pays. Il lui rappelait d'ailleurs trop de choses qu'elle voulait oublier. Il était de certaines routes où elle ne pouvait passer sans que son cœur bondit à briser sa poitrine.
Mais d'un autre côté il était bien connu que le comte s'était juré de finir ses jours en Anjou, qu'il avait les grandes villes en horreur et que la seule idée de quitter son château, où il avait si bien toutes ses habitudes, le rendait d'une humeur massacrante.
On tomba donc des nues lorsqu'on l'entendit annoncer qu'il quittait la Ville-Handry pour n'y plus revenir, qu'il avait acheté un hôtel à Paris, rue de Varennes, et qu'il ne tarderait pas à s'y fixer définitivement.
—C'est, du reste, bien malgré la comtesse, ajoutait-il en se rengorgeant, elle ne voulait pas absolument, mais je ne suis pas une girouette, j'ai tenu bon et elle a cédé.
Si bien que, dans les derniers jours d'octobre 1851, le comte et la comtesse de la Ville-Handry prenaient possession de leur magnifique hôtel de la rue de Varennes, une demeure princière, qui ne leur coûtait pas le tiers de sa valeur, ayant été achetée à un moment où les immeubles subissaient une ridicule dépréciation.