Trop tard!... Un remous l'enveloppa, dont l'irrésistible violence arracha la chaîne, gluante de vase, à ses doigts crispés... Roulé par le tourbillon, il fut jeté rudement contre le bordage du navire, coula et fut entraîné...

Quand il revint sur l'eau, le fanal rouge était déjà bien loin, en amont, et en aval aucune lueur n'apparaissait plus.

Nul secours humain à attendre désormais... Daniel n'avait plus à compter que sur lui-même et à essayer de gagner un des bords...

Encore qu'il ignorât la distance qui l'en séparait, et qui peut-être était très-grande, la tâche ne lui eût pas semblé au-dessus de ses forces, s'il eût été nu... Mais ses vêtements le gênaient horriblement, et l'eau qui les pénétrait les rendait plus lourds de seconde en seconde.

—Je coule définitivement, pensa-t-il, si je ne parviens pas à me déshabiller.

Nageur excellent, il accomplit ce tour de force—car c'en était un dans sa position. Et quand après des prodiges de vigueur et d'adresse, il eût réussi à se débarrasser de ses chaussures...

—Je m'en tirerai!... s'écria-t-il, comme s'il eût songé à défier l'aveugle élément contre lequel il luttait; je reverrai Henriette!

Mais se déshabiller lui avait pris un temps énorme, et comment évaluer la distance que lui avait fait parcourir le courant, de plus de vingt kilomètres à l'heure!

Rassemblant ses souvenirs, il lui semblait avoir observé qu'à une lieue de Saïgon, le Don-Naï avait la largeur d'un bras de mer. Selon son estimation, il devait être à cet endroit.

—N'importe!... se dit-il, j'arriverai...