«Mis en liberté au bout de dix-huit mois, il fut placé en apprentissage et arriva promptement à connaître assez son métier pour y bien gagner sa vie.
«Cette dernière allégation doit être un mensonge. Quatre témoins, dont un exerçant la même profession que Crochard, déclarent qu'ils ont eu l'occasion de le voir à l'œuvre, et que s'il a été autrefois un ouvrier passable, il n'y paraît plus.
«Il ne put pas d'ailleurs pratiquer longtemps, car il était en prison depuis plus d'un an, quand la révolution de 1848 éclata.
«Qu'il fût en prison, voilà le fait certain, raconté par lui à plus de vingt-cinq personnes.
«Mais il expliquait fort diversement son emprisonnement, et on relève presque autant de versions différentes que de témoins.
«A l'un, il raconte qu'il a été condamné pour avoir, étant ivre, donné un coup de couteau à un camarade; à l'autre, que c'est pour «une batterie» dans un tripot clandestin; à un troisième, il laisse entrevoir qu'il s'est trouvé compromis, bien qu'innocent, dans une affaire d'escroquerie organisée pour dépouiller un riche étranger...
«La prévention est donc en droit de conclure, sans témérité, que Crochard avait été tout simplement condamné pour vol.
«Libéré peu après les événements de juin, au lieu de reprendre son état, il entre comme aide machiniste dans un théâtre des boulevards. Au bout de trois mois, il en est chassé «pour des intrigues de femmes,» à ce qu'il dit à l'un, ou, s'il faut croire ce qu'il dit à un autre, à la suite d'un vol commis dans la loge d'une actrice et dont on n'avait pas découvert l'auteur.
«A bout de ressources, il s'engage comme palefrenier dans un cirque nomade et court ainsi la province. Mais à Marseille, blessé dans une rixe, il est contraint d'entrer à l'hôpital et il y reste deux mois.
«Revenu à Paris on ne sait comment, il s'était associé avec un saltimbanque lorsqu'il dut tirer au sort. Il amena un bon numéro.