—Il a parlé souvent de cette condamnation, mais toujours il l'a attribuée à des voies de fait envers un supérieur... A cet égard, il n'a jamais varié.
—Diable! alors comment avez-vous su...
—La vérité?... Oh! bien simplement... J'ai cherché, et j'ai fini par découvrir ici, à Saïgon, dans le 2e régiment d'infanterie de marine, un sergent-major qui était au 1er régiment en même temps que Crochard... C'est de lui que je tiens des détails précis... Et il est impossible de se tromper quant à l'identité: dès que j'ai eu prononcé ce nom de Crochard, mon sous-officier s'est écrié: «Ah! oui, Crochard, dit Bagnolet...»
Et comme le docteur s'inclinait sans répondre:
—Je reprends, dit le juge.
Et, en effet, il reprit:
«Les récits du prévenu, ayant rapport à sa détention, sont en général trop insignifiants pour être rapportés. Cependant, il est une particularité que la prévention retient, et qui servira peut-être à mettre sur la trace des instigateurs du crime qui nous occupe.
«En trois occasions, et devant au moins trois témoins chaque fois, Crochard a tenu, presque dans les mêmes termes, le propos que voici:
«Ce qu'on ne croirait pas, c'est que dans les prisons on fait souvent de très-belles connaissances... On y rencontre des fils de famille qui ont fait quelque bêtise et quantité de gens qui, voulant faire fortune très-vite, n'ont pas eu de chance... Une fois sortis, beaucoup de ces gaillards-là vous attrapent de très-belles positions, et après, si on les rencontre, dame! ils vous donnent un coup de main... J'en ai connu là-bas qui roulent voiture à cette heure...»
Le docteur était devenu silencieux.