Daniel Champcey
Daniel, le frère de Pierre!... Plus pâle qu'une morte, la comtesse se dressa comme pour fuir.
—Que dois-je répondre?... interrogea le valet un peu surpris de l'émotion de sa maîtresse.
La malheureuse femme se sentait défaillir.
—Qu'il entre, répondit-elle d'une voix à peine distincte, qu'il entre!...
L'instant d'après entrait un jeune homme de vingt-trois à vingt-quatre ans, à la physionomie ouverte et franche, au regard droit et clair, rayonnant d'intelligence et d'énergie.
Du doigt la comtesse lui montra un fauteuil en face d'elle. Quand il se fût agi de la vie de sa fille, elle n'eût pu prononcer une parole.
Lui ne put faire autrement que de remarquer ce trouble étrange, mais il n'en devina pas la cause. Pierre n'avait jamais prononcé tout haut le nom de Pauline de Rupert.
Il s'assit donc, et sans embarras comme sans forfanterie, il expliqua les motifs qui l'amenaient.
Sorti du Borda avec un des premiers numéros, il était présentement enseigne de vaisseau à bord du Formidable. Victime d'un passe-droit qui risquait de compromettre sa carrière, il avait sollicité et obtenu un congé, et venait demander justice au ministre de la marine. Son droit était évident, mais il savait qu'une solide recommandation n'a jamais gâté une bonne cause... Bref, il espérait que M. de la Ville-Handry, dont on vantait en Anjou l'influence et l'obligeance, consentirait à l'appuyer près du ministre.