Le vieux chirurgien tressauta sur sa chaise.

—Quoi! vous avez mis la main sur le magot de Crochard! s'écria-t-il.

—Non, pas encore, répondit le juge, seulement...

Il dissimula mal un sourire, une grimace plutôt de satisfaction, et plus vivement:

—Seulement, je crois bien savoir où il est... Ah! je puis l'avouer, ce n'est pas le premier jour que j'ai découvert ce qui très-probablement est la vérité... J'ai passé par bien des perplexités et des hésitations. Moralement sûr, après l'interrogatoire du prévenu, qu'il possédait, cachée quelque part, une somme relativement considérable, c'est sur sa chambre que tout d'abord mon attention s'est portée... Aidé d'un agent adroit, je l'ai explorée, cette chambre, pendant quinze jours, avec une sorte de rage... Les meubles ont été démontés et sondés; on a dépaillé les chaises, j'ai fait soulever les carreaux et décoller la tapisserie... Rien!... Je désespérais, quand une idée me vint, d'une simplicité telle que j'en suis à me demander comment elle ne m'est pas venue dès le premier moment: «J'y suis!...» m'écriai-je. Et, pressé de vérifier mes doutes, je mandai sur-le-champ l'homme avec qui Crochard avait parié de traverser le Don-Naï. Il accourut et... Mais; j'aime mieux vous lire sa déposition...

Il prit dans le dossier une grande feuille de papier, et se grimant de modestie, il lut le procès-verbal du greffier:

«M. LE JUGE.—A quel endroit du fleuve Crochard a-t-il exécuté son pari?

«LE TÉMOIN.—Un peu au-dessous de la ville.

«M. LE JUGE.—Où s'est-il déshabillé?

«LE TÉMOIN.—A l'endroit même où il s'est mis à l'eau, en face de la fabrique de tuiles de M. Wang-Taï.