Il avait tiré son mouchoir de sa poche et il s'en frottait rudement les yeux avec l'espoir, sans doute, d'en arracher quelque larme.

—Allons, allons, fit le juge, pas d'attendrissement, continuons!...

Crochard eut un gémissement, et d'un ton larmoyant:

—On me hacherait en morceaux, poursuivit-il, qu'on ne me ferait pas dire ce qu'il s'est passé après cela... J'étais saoul perdu, tellement que je ne me souviens de rien... D'après ce que m'a conté Chevassat, on a été obligé de me porter jusqu'à un fiacre, et il m'a conduit dans un hôtel du faubourg Saint-Antoine, où il m'a fait donner une chambre... C'est là que je me réveillai, le lendemain, un peu avant midi, la tête lourde comme du plomb, et me demandant si ce que je me rappelais de l'histoire du restaurant était bien arrivé, et si ce n'était pas plutôt la boisson qui m'avait donné le cauchemar...

Malheureusement, ce n'était pas un mauvais rêve, et je n'en fus que trop sûr quand le garçon de l'hôtel me monta une lettre.

C'était Chevassat qui m'écrivait de me rendre chez lui, rue Louis-le-Grand, où il m'attendait pour déjeuner et causer de l'affaire.

Naturellement, j'y cours. Je demande au concierge M. Justin Chevassat, il me répond que c'est au second à droite, je monte, je sonne, un domestique m'ouvre, j'entre dans un appartement superbe et je trouve le brigand en robe de chambre, étendu sur un canapé...

En route, je m'étais bien promis de lui déclarer carrément qu'il n'eut pas à compter sur moi, que la chose me faisait horreur et que je me retirais... Mais, dès les premiers mots, il entre dans une colère épouvantable, me disant que je ne suis qu'un lâche et un traître, me donnant à choisir entre un coup de couteau qu'il saurait bien me planter entre les deux épaules, et ma fortune...

Et, en même temps, il étalait devant moi des tas de louis d'or...

Alors, oui, je fus lâche... Je me sentais pris, Chevassat me faisait peur, l'or me grisait; je donnai ma parole et le marché fut conclu...