—Mère!... mère bien-aimée!...

Au matin seulement, quand le jour se leva blafard et terne—on était à la fin de janvier—des religieuses arrivèrent qu'on était allé chercher, puis des prêtres. Un peu plus tard, parut un ami de M. de la Ville-Handry qui se chargea de toutes ces démarches désolantes qu'exige la civilisation, qui troublent et exaspèrent la douleur.

Le surlendemain, eurent lieu les obsèques de la comtesse.

M. de la Ville-Handry reçut les compliments de condoléance de deux cents personnes, vingt-cinq ou trente dames allèrent embrasser Mlle Henriette en l'appelant pauvre chère enfant...

Puis on entendit des piétinements dans la cour; une dispute de cochers, le commandement de l'ordonnateur, puis enfin le roulement funèbre du char... Et ce fut tout...

Dans sa chambre, Mlle Henriette priait et pleurait...

Le soir, pour la première fois depuis leur malheur, le comte de la Ville-Handry et sa fille se mirent à table... mais ils ne purent avaler une bouchée... Comment en auraient-ils eu la force, en voyant vide pour toujours la place occupée par celle qui avait été l'âme de la maison!

Et ainsi, pendant longtemps encore, chaque repas fut un renouvellement de leur douleur... Dans la journée, on les rencontrait errant dans l'hôtel, sans raison, comme s'ils eussent cherché, attendu ou espéré quelque chose...

Mais il était encore, loin de l'hôtel, un cœur loyal et bon, qu'avait cruellement atteint la mort de la comtesse: Daniel. Il l'aimait comme une mère, et au-dedans de lui, la voix mystérieuse du pressentiment lui disait qu'en la perdant c'était presque Henriette qu'il perdait.

Plusieurs fois il s'était présenté rue de Varennes; ce ne fut qu'au bout de quinze jours que la jeune fille permit qu'il fut reçu.