Modeste, assurément, et cependant trop abondant encore. Elles étaient si oppressées que manger leur était impossible et que bien inutilement chacune remuait son couteau et sa fourchette, dans le but de tromper l'autre.

Leur esprit, quoi qu'elles fissent, s'élançait hors du salon, bien loin de cette petite table, à la suite du voyageur.

—Il est parti, maintenant, murmura Mlle Henriette lorsque huit heures sonnèrent.

—Il doit même être loin déjà, répondit la vieille dame.

Mais elles ne connaissaient, ni l'une ni l'autre, le trajet de Paris à Marseille, non plus que la distance, ni le nombre des stations, ni même exactement le nom de toutes les grandes villes que traverse le chemin de fer.

—Il faut nous procurer un «indicateur»! s'écria l'excellente veuve.

Et toute heureuse de son inspiration, elle sortit vivement, courut chez le libraire le plus proche, et bientôt reparut, agitant triomphalement une brochure jaune, et disant:

—Ici, nous trouverons tout, ma chère enfant...

Alors, plaçant l'indicateur sur la nappe entre elles deux, elles cherchèrent la page consacrée au chemin de fer de Paris à Lyon et à Marseille, puis le train qu'avait dû prendre le père Ravinet, et elles se délectaient à compter la vitesse du «rapide» et à s'énumérer toutes les stations où il n'y avait pas d'arrêt indiqué.

Puis, quand la table fut desservie, au lieu de rester assidues à leur ouvrage, le front penché sous l'abat-jour de la lampe, à tout moment elles regardaient la pendule, puis consultant le livret, elles se disaient: