Sa vanité le fourvoyait.

Il y avait longtemps déjà que Sarah Brandon avait cessé de l'admirer. Lancée dans le monde des aventuriers de la haute vie, elle n'avait pas tardé à apprécier Maxime à sa juste valeur. Elle le voyait tel qu'il était, lâche, cauteleux, mesquin, incapable de combinaisons hardies, à peine bon pour des gredineries de deux sous, ridicule enfin, comme l'est un coquin besoigneux.

Seulement, tout en le méprisant, Sarah le voulait près d'elle... Sur le point d'engager une partie décisive, elle sentait la nécessité d'un de ces complices à qui on peut se livrer sans restrictions. Elle avait bien mistress Brian et sir Tom, mais elle se défiait d'eux. Ils la tenaient et elle ne les tenait point. Tandis que M. de Brévan, il était bien à elle, celui-là, dépendant de son caprice, comme le bloc de glaise de la fantaisie du sculpteur.

Il est vrai que Maxime parut consterné quand elle lui eût appris que cette immense fortune dont elle avait enflammé ses convoitises était encore à faire, et qu'elle n'était pas plus avancée que le jour où elle l'avait quitté.

Elle eût pu dire qu'elle l'était moins.

Les vingt-huit mois qui venaient de s'écouler avaient fait de rudes brèches aux économies de sir Elgin et de mistress Brian. Et quand ils eurent soldé leur installation de la rue du Cirque, payé d'avance la location d'un coupé, d'une calèche et de deux chevaux de selle, c'est à peine s'il leur resta vingt mille francs.

Ils se trouvaient donc condamnés à réussir dans l'année ou à sombrer... Et ainsi acculés ils devenaient singulièrement redoutables.

Ils étaient résolus à se jeter furieusement sur la première proie qui passerait à leur portée, quand le hasard leur amena le malheureux caissier de la Société d'escompte mutuel... Malgat...

XXXI

Depuis un instant, la fatigue du vieux brocanteur avait disparu. Il s'était redressé, la lèvre frémissante, son œil jaune s'emplissait d'éclairs, sa voix vibrait...