Mais, dès que son directeur se fut retiré, il prit une feuille de papier et écrivit à peu près ceci:
«Pardonnez-moi. J'ai été quarante ans un honnête homme, une passion fatale m'a rendu fou. J'ai puisé dans la caisse qui m'était confiée, et pour masquer mes détournements, j'ai eu recours à des faux. Dissimuler mon crime plus longtemps n'est pas possible. Mon premier vol remonte à six mois. Le déficit est de trois cent mille francs environ.
«Je ne saurais supporter le déshonneur que j'ai mérité, dans une heure j'aurai cessé de vivre.»
Cette déclaration, Malgat la plaça bien en vue sur son bureau, et sortant aussitôt, sans prendre un centime sur lui, il courut jusqu'au canal pour s'y jeter.
Mais une fois là, devant cette eau noire, il eut peur...
Durant de longues heures, il erra sur la berge, demandant à Dieu une seconde de courage... Le courage ne lui vint pas.
Que faire cependant? Où fuir sans argent, où se cacher?... Retourner à son bureau n'était pas possible: le crime devait y être connu...
Désespéré, il courut jusqu'à la rue du Cirque et au milieu de la nuit il frappa chez miss Brandon.
On ne savait pas qu'il fût découvert, on lui ouvrit.
Alors, lui, au désespoir, raconta tout, demandant mille francs sur les trois cent mille qu'il avait volés et donnés, mille francs pour fuir en Belgique...