D'un bloc, le marquis s'était dressé.

—Oh, oui! bien malheureux! s'écria-t-il. (Et s'inclinant à demi devant sa femme:) Je vous ai interrompue, fit-il. Maintenant, je vous prie de tout me dire...

L'amour de la mère étouffa le ressentiment de la femme. Sans l'ombre d'une hésitation, et comme si rien ne se fût passé, Mme de Boiscoran répéta le récit de Jacques à maître Magloire.

Le marquis semblait un homme assommé.

—C'est inouï! répétait-il. (Et quand sa femme eut achevé:) Voilà donc, reprit-il, pourquoi Jacques s'était si fort irrité quand vous lui avez parlé d'inviter madame de Claudieuse, et pourquoi il vous avait dit que, s'il la voyait entrer par une porte, il sortirait par l'autre... Nous ne comprenions pas cette aversion...

—Hélas! ce n'était pas de l'aversion. Jacques ne faisait en cela que servir la savante dissimulation de madame de Claudieuse.

En moins d'une minute, les résolutions les plus opposées se lurent sur le visage de M. de Boiscoran. Il hésita, et enfin:

—Tout ce qui est possible pour réparer mon inaction, dit-il, je le ferai. J'irai à Sauveterre. Il faut que Jacques soit sauvé. Monsieur de Margeril est tout-puissant, voyez-le, je vous le permets, je vous le demande...

Deux larmes brûlantes, les premières depuis le commencement de cette scène, jaillirent des yeux de la marquise.

—Ne comprenez-vous donc pas, monsieur, dit-elle, que ce que vous me demandez est maintenant impossible... Tout, oui, tout au monde, excepté cela!... Mais Jacques et moi sommes innocents; Dieu aura pitié de nous, maître Folgat nous sauvera.