Il fut interrompu par l'entrée brusque de son domestique.
—Monsieur, lui dit ce brave garçon, il y a en bas un gendarme qui vous amène un individu qu'il faudrait faire admettre d'urgence à l'hôpital.
—Qu'ils montent, répondit le médecin. (Et pendant que le domestique courait remplir la commission:) Voilà mon expédient, maître Folgat, dit M. Seignebos. Attention...
Un pas pesant ébranlait déjà l'escalier, et presque aussitôt un gendarme parut, qui, d'une main, tenait un violon, et de l'autre aidait à marcher un pauvre diable.
«Goudar!» faillit s'écrier maître Folgat.
C'était Goudar, en effet, mais en quel état! Les vêtements déchirés et tachés de boue, pâle, l'œil hagard, la barbe et les lèvres souillées d'une écume blanchâtre.
—Voilà l'histoire, major, prononça le gendarme. Ce particulier jouait du violon dans la cour de la caserne, et nous étions plusieurs aux fenêtres quand, tout à coup, nous l'avons vu tomber par terre et se rouler, et se tordre, et se débattre en hurlant et en écumant comme un loup enragé. Nous l'avons ramassé, soigné, et je vous l'amène pour savoir...
—Laissez-nous seuls avec lui, ordonna le médecin.
Le gendarme sortit, et la porte fermée:
—Quel métier! s'écria Goudar d'un accent d'invincible dégoût. Regardez-moi un peu!... Quelle honte si ma femme me voyait ainsi. Pouah!