—Eh bien! reprit-il, le moment est venu. Il faut que demain je passe la soirée hors de la prison. Je voudrais sortir vers neuf heures, je serai rentré avant minuit...
Mlle Denise l'arrêta.
—Attendez, dit-elle, je vais appeler la femme de Blangin.
Le ménage des geôliers de Sauveterre ressemblait à beaucoup de ménages. Brutal, exigeant, despote, l'homme se coiffait sur l'oreille, parlait haut et ferme en roulant de gros yeux, et, de par la raison du plus fort, prétendait régner. Humble, soumise, résignée en apparence, la femme baissait la tête, semblait toujours obéir, mais en réalité, de par le droit de l'intelligence, gouvernait. Quand le mari avait promis, il fallait encore le consentement de la femme. Dès que la femme s'était engagée, elle se chargeait de faire vouloir son mari.
Mlle Denise avait donc bien fait de s'adresser tout d'abord à Mme Blangin. Appelée, elle accourut au parloir, la bouche pleine d'hypocrites protestations, jurant qu'elle était tout à la dévotion de sa chère demoiselle, rappelant le temps où elle était au service de M. de Chandoré, le seul bon temps de sa pauvre vie, soupirait-elle, et qu'elle regrettait toujours...
—Je sais, interrompit la jeune fille, que vous m'êtes dévouée. Mais écoutez-moi...
Et vivement elle se mit à expliquer ce qu'elle souhaitait, tandis que Jacques, retiré un peu à l'écart, dans l'ombre, épiait les impressions de la femme du geôlier.
Petit à petit, elle redressait la tête, et, quand Mlle Denise eut achevé:
—Je comprends très bien, répondit-elle, et si j'étais la maîtresse, je dirais: «C'est fait...» Mais c'est Blangin qui est le maître dans la prison... Oh! il n'est pas méchant, seulement il tient à son devoir... Nous n'avons que notre place pour vivre...
—Ne vous l'ai-je pas déjà payée!