—Parlez-vous sérieusement, Frumence? demanda-t-il.

—Dame! oui, mon pauvre monsieur! Ici, voyez-vous, je ne suis point mal, j'ai un bon lit, je mange deux fois tous les jours, je n'ai rien à faire et j'attrape par-ci par-là, de l'un ou de l'autre, quelques sous pour m'acheter du vin et du tabac.

—Mais la liberté, mon brave...

—Eh bien! quoi, on me la rendra... Je n'ai point commis de crime, n'est-ce pas? J'ai escaladé un brin le mur d'un verger; on n'est pas pendu pour ça. J'ai consulté monsieur Magloire et il m'a dit tout net mon affaire. Je passerai en police correctionnelle et j'en aurai pour trois ou six mois. Ce n'est pas le diable à tirer. Tandis que si je m'évade, on mettra les gendarmes à mes trousses, ils me rattraperont, je serai ramené ici, et alors, comment me traitera-t-on! Sans compter que de s'évader et de dégrader une prison, c'est grave...

Comment combattre une résolution si sage et de si bonnes raisons! L'inquiétude prenait presque Jacques.

—Pourquoi les gendarmes vous reprendraient-ils, mon brave? fit-il.

—Parce qu'ils sont les gendarmes, mon bon monsieur. Et puis, ce n'est pas tout, si nous étions au printemps, je vous dirais: «J'en suis». Mais nous voilà en automne, les mauvais temps vont venir, l'ouvrage va manquer...

Fainéant incurable, Cheminot se préoccupait toujours beaucoup de l'ouvrage.

—Les vendanges se feront donc sans vous! reprit Jacques.

Le vagabond eut un geste de regret.