R.—Je n'ai pas été effrayé, mais surpris, comme on l'est de rencontrer quelqu'un là où on pensait ne trouver personne. Et si j'ai été étonné, le fils Ribot ne l'a pas été moins que moi.
D.—Vous voyez bien que vous espériez ne rencontrer personne.
R.—Pardon, monsieur, je ne dis pas cela, supposer n'est pas espérer.
D.—Pourquoi, en ce cas, essayer d'expliquer votre présence en cet endroit?
R.—Je n'ai pas donné d'explications. Le fils Ribot, le premier, m'a dit en riant où il se rendait, et je lui ai répondu que j'allais à Bréchy.
D.—Vous lui avez dit aussi que vous preniez par les marais pour tirer des oiseaux d'eau. Et, en même temps, vous lui montriez votre fusil.
R.—C'est possible. Mais est-ce une preuve contre moi? Je crois tout le contraire. Si j'avais eu les intentions criminelles que me suppose l'accusation, me voyant rencontré, c'est-à-dire en grand danger d'être découvert, je serais rentré chez moi... J'allais chez mon ami le curé.
D.—Et, pour cette visite, vous emportiez votre fusil?
R.—Mes propriétés sont situées entre des bois et des marais, et il ne se passait pas de jour que je n'eusse l'occasion de tirer un lapin ou un oiseau d'eau. Tous les gens du pays affirmeront que jamais je ne sortais sans mon fusil.
D.—Et pour revenir, pourquoi avez-vous pris par les bois de Rochepommier?