Le Témoin.—Eh bien, grâce à une disposition particulière de l'enveloppe des cartouches, grâce aussi à la qualité spéciale de la composition fulminante, les canons ne s'encrassent presque pas.
L'Accusé (vivement).—Vous vous trompez, monsieur. J'ai plusieurs fois, moi-même, nettoyé mon fusil, et j'ai trouvé, au contraire, les canons fort encrassés.
Le Témoin.—Parce que vous vous en étiez beaucoup servi. Mais je prétends qu'on peut brûler une ou deux cartouches sans que les canons en portent trace.
L'Accusé .—C'est ce que je nie formellement.
Le Président (au témoin).—Et si l'on brûlait huit ou dix cartouches?
Le Témoin.—Oh! alors les canons seraient fort encrassés.
Le Président.—Examinez ceux-ci et dites-nous votre avis.
Le Témoin (après un minutieux examen).—J'affirme qu'on n'y a pas brûlé deux cartouches depuis le dernier nettoyage.
Le Président (à l'accusé).—Eh bien! que deviennent ces dix cartouches brûlées pour allumer vos cigares, et qui vous avaient tant noirci les mains?
L'accusé, qui, depuis le commencement, avait fait preuve d'un admirable sang-froid et d'une rare fermeté, pâlit visiblement et ne répond pas.