À force d'études et de volonté, le policier avait réussi à donner à son visage une affreuse expression d'hébétude. À ce point que les gens de l'hôpital l'estimaient plus idiot que l'autre. Il tenait son violon qui, sur l'ordre du docteur, lui avait été laissé, et il s'en accompagnait, tout en répétant cette ronde saintongeoise qu'il chantait le jour où, sur le Marché-Neuf, il avait accosté maître Folgat.
Quand l'ageasson y yut des ailes,
Y s'envolit sur les maisons,
La pibôle!
Y s'envolit sur les maisons,
Pibolon!...
Cocoleu, une large tartine d'une main et un gros couteau de paysan de l'autre, achevait son repas. Mais cette musique le ravissait si fort qu'il en oubliait de manger et, la lèvre pendante, l'œil à demi clos, il se dodelinait en mesure.
—Ils sont hideux! ne put s'empêcher de murmurer maître Folgat.
Cependant Goudar, prévenu par le signal convenu, venait de finir son couplet. Il se pencha et retira de dessous le banc une énorme bouteille, dont il parut avaler une large lampée. Il passa ensuite la bouteille à Cocoleu, lequel à son tour se mit à boire, avidement, longtemps, et avec une expression de béatitude idiote. Après quoi, se passant la main sur le creux de l'estomac:
—C'est, c'est, c'est... bon! bégaya-t-il.
M. Daubigeon s'était penché à l'oreille du docteur Seignebos.
—Ah! je comprends, maintenant, murmura-t-il, et aux yeux de Cocoleu je vois qu'il y a longtemps déjà que dure cet exercice de bouteille... le misérable est ivre...
Ayant repris son violon, Goudar chantait:
Et des maisons sur une église,
Qu'était l'église d'Avallon,
La pibôle!
Qu'était l'église d'Avallon,
Pibolon!