Il n'y songea qu'en arrivant à la petite maison où se réunissaient les Amis de la justice.

Elle était éclairée. Des rayons de lumière s'échappaient des fentes des volets.

Ayant donné le mot de passe au «frère» qui veillait à la porte, Raymond entra.

Une quinzaine d'affiliés, déjà, étaient réunis dans la salle des séances, et l'un d'eux, un médecin, un gros homme courtaud et rougeaud, plus connu pour ses opinions avancées que pour ses cures, faisait, à grand renfort d'épithètes terribles, un tableau aussi exact, jurait-il, que sinistre, de la situation morale et matérielle de Paris.

Mais déjà, à cet orateur, un autre succédait, qui, une douzaine de journaux des départements à la main, prétendait démontrer, par la lecture de quantité d'articles, que la province n'attendait que le signal de Paris pour se lever comme un seul homme et en finir avec le régime impérial.

Immédiatement divers membres se levèrent pour émettre des vœux ou donner des avis. On discuta, les propos devinrent vifs, on faillit se prendre aux cheveux, malgré les efforts du président, l'ancien représentant du peuple, lequel désespérément tapait sur un timbre...

Alors Raymond demanda à dire quelques mots, et la parole lui ayant été accordée:

—Citoyens, commença-t-il, je vous ferai remarquer que dix heures viennent de sonner, et qu'il serait peut-être temps de nous occuper de cette communication si grave...

—Quelle communication? interrompit le président d'un air surpris.

—Mais... celle pour laquelle j'ai été convoqué...