—C'est qu'on cherche des généraux.

—Qui?

—Les deux estimables personnages que j'ai vus ce matin, parbleu!

Et sans laisser à sa femme le temps de revenir de sa surprise:

—C'est comme cela, poursuivit-il. Les officiers généraux actuels ne suffisent plus. Bedeau, Bugeaud, Lamoricière, Changarnier et les autres, deviennent gênants. Il en faut de nouveaux, très vite, parmi lesquels probablement on choisira le ministre de la guerre. Et comme on les voudrait glorieux et populaires, nous allons, à leur intention, entreprendre une grande expédition en Kabylie, contre les Beni-Sliman et les Oustani...

Mme Delorge pâlit au souvenir de ses transes nouvelles lors de la bataille d'Isly, et d'une voix un peu tremblante:

—Ainsi, tu vas partir, Pierre?... commença-t-elle.

—Si j'en reçois l'ordre... évidemment. Mais rassure-toi, l'ordre ne viendra pas. Je n'ai aucune des qualités requises. Ainsi, je ne crois pas que, d'ici longtemps, tu sois madame la générale Delorge... si tu l'es jamais, toutefois,—ce qui, depuis ce matin, est devenu diablement problématique.

Sur quoi, roulant sa serviette, il la jeta violemment sur une chaise et sortit en sifflant.

—Signe d'orage! grommela Krauss.