Accoudé sur ses oreillers, Raymond écoutait:
—Dans mon idée, reprit Krauss en hochant gravement la tête, ce lapin-là devait être un espion, un complice des brigands qui vous ont si bien arrangé...
—Peut-être, fit Raymond.
Il disait cela; c'était juste le contraire de ce qu'il pensait.
Éclairé par les événements, il lui semblait discerner, s'agitant autour de lui, dans l'ombre, deux intrigues rivales.
A diverses reprises il avait constaté qu'il était épié et suivi. Était-ce par des espions poursuivant un même but? Non. La surveillance dont il était l'objet était doublé. L'une, protectrice, lui avait sauvé la vie à Neuilly et à la Villette. L'autre, ennemie, avait préparé le guet-apens où il avait failli périr.
Évidemment, Combelaine soldait une de ces surveillances.
Mais l'autre... qui donc l'eût payée, sinon Laurent Cornevin?
[Illustration: Un effroyable coup de couteau lui coupa la parole.]
Et en lui-même, il songeait que ce prétendu piqueur pouvait fort bien être Laurent en personne. Ce devait être lui, si c'était lui qui, l'autre soir, se trouvait chez Mme Cornevin.