—Ah! ce serait un acte de folie, s'écria-t-elle, et que tu ne feras pas, si j'ai quelque influence sur toi!...
Toute puissante était l'influence de Mme Delorge sur son mari.
Et la preuve, c'est qu'elle obtint de lui qu'il renonçât, au moins pour le moment, à sa détermination, déjà presque arrêtée, de quitter le service.
C'était grave, ce qu'elle faisait là, c'était assumer pour l'avenir une terrible responsabilité, elle ne se le dissimulait pas.
Mais forte de sa conscience de mère et d'épouse, croyant avoir un devoir à remplir, elle le remplissait.
Nulle ambition, aucune considération personnelle ne la guidaient. Loin de là. Cette retraite à Glorière, cette perspective de la plus paisible des existences la séduisaient, et c'est de ses séductions mêmes qu'elle se défiait.
Ne semblait-elle pas d'ailleurs obéir à toutes les règles de la prudence humaine, ne paraissait-elle pas avoir raison mille fois quand elle disait:
—Patiente, Pierre, réfléchis! Ne cède pas à un mouvement d'humeur ou de découragement dont tu aurais regret. Ne sera-t-il pas toujours temps de donner ta démission!...
Ah! s'il lui eût dit la vérité!... Mais non, il se tut. Et ils quittèrent Oran, suivis du dévoué Krauss.
C'était à Paris même qu'on réservait un emploi au général Delorge. Il l'apprit lorsqu'il se présenta au ministère de la guerre.