Cependant ce n'était pas le moment de questionner Mlle Pauline.

Il se faisait tard; après les épreuves de la nuit, il était accablé de fatigue, le docteur Legris pouvait devancer l'heure du rendez-vous...

Il se réfugia donc dans son cabinet de travail, et il n'y était pas depuis un quart d'heure, allongé dans son fauteuil et les pieds sur la cheminée, qu'il s'endormit, rêvant que le docteur était assis près de lui et lui parlait.

M. Legris, à ce moment même, était chez lui, place du Théâtre, à Montmartre, où il expédiait sa consultation. Expédiait est bien le mot. Il n'était pas habituellement d'une douceur exagérée, mais jamais ses malades ne l'avaient vu si brusque ni si impatient.

Le fait est qu'il se savait attendu, à six heures, rue Blanche, qu'il avait encore, après sa consultation, huit ou dix visites à faire, et qu'il avait hâte de se trouver seul avec lui-même pour réfléchir en toute liberté aux étranges événements qui venaient de tomber dans sa vie.

—Oui, bien étranges, pensait-il, car jamais on n'a ouï parler de rien qui approche de ce dont j'ai été témoin cette nuit. J'aurais ri au nez de qui fût venu hier me conter une telle histoire; m'assurer qu'un fait de cette nature était possible, en 1870, à Paris, en pleine civilisation, au milieu de cette armée de surveillants, de gardiens, de sergents de ville, d'agents de la sûreté qui, incessamment, ont les yeux ouverts.

Avec tant de préoccupations, c'était miracle que le docteur, en arrivant au chevet du malade, recouvrât la plénitude de son sang-froid.

C'était ainsi, pourtant, tant est puissante cette faculté que Bichat appelait: «l'habitude professionnelle».

Mais après chaque visite, consultant son carnet:

—Allons, plus que cinq, murmurait M. Legris, plus que trois... plus qu'une.