—Rien de si simple, rien de si naturel. Depuis un an ou deux déjà, monsieur le duc faisait commerce de l'illustration de ses aïeux. C'était bien connu en Bourse. Quiconque avait besoin pour un prospectus d'un nom sonore et d'un beau titre n'avait qu'à l'aller trouver. Il en coûtait tant, un prix fait comme les petits pâtés. Mais, en somme, ce trafic lui rapportait peu; le jeu n'en valait pas la chandelle. Si bien qu'à force de respirer le fumet de toutes les cuisines financières, l'envie lui est venue de mettre la main à la sauce. Un beau matin, il a acheté une part de gérance de je ne sais plus quelle société, fondée à un capital considérable par un gaillard adroit dont vous avez entendu parler, un certain baron Verdale, qui est baron comme le garçon qui dort dans ce coin, là-bas...
Ce nom de Verdale, positivement, M. Legris l'attendait.
—Et après? interrogea-t-il.
—Après, dès que M. de Maillefert se vit entre les mains les clefs d'une caisse bien garnie, il se dit: «Cette caisse doit être à moi.» Et, en effet, il fit comme si elle était à lui...
—Mais comment tout s'est-il découvert?
—Comme se découvrent tous les vols, parbleu! Voyant la caisse vide, Verdale s'est écrié: «Où est l'argent?» Et comme M. de Maillefert seul avait pu le prendre, il a déposé une plainte contre M. Philippe.
Concilier cette version et la surprise de M. Verdale chez Mme Lucy était difficile.
—Êtes-vous sûr de vos renseignements, mon cher Peyrolas? demanda le docteur.
—Si, j'en suis sûr? Je les tiens du caissier de M. Verdale.
—Et vous n'avez pas entendu dire que M. de Combelaine fût pour quelque chose dans toute cette affaire?...