IV
C'est avenue d'Antin, en effet, au centre de ce quartier des Champs-Élysées, destiné à une si haute et si rapide fortune, que Verdale, au lendemain de son merveilleux coup de bourse, avait transporté ses pénates.
Là, au milieu de vastes terrains acquis à bas pris, il avait bâti le palais de ses rêves, le plus magnifique de tous ceux dont le plan jaunissait dans ses cartons d'architecte incompris...
Il n'avait pas signé son œuvre, mais rien qu'à considérer la façade surchargée d'ornements et de sculptures, le passant se disait:
—Là, certainement, demeure un enrichi d'hier.
Neuf heures sonnaient, lorsque s'arrêta devant cette façade superbe le fiacre qui amenait Me Roberjot, Raymond et le docteur Legris.
—Monsieur le baron est chez lui, répondit le concierge à Me Roberjot, mais je doute qu'il reçoive... Adressez-vous à un des valets de pied.
Il y en avait plusieurs, en livrée éclatante, dans le vestibule, et l'un d'eux déclara que monsieur le baron était occupé pour le moment, mais qu'il recevrait dans la soirée, et que si ces messieurs voulaient le suivre...
Ils le suivirent.
Il leur fit gravir un long escalier de marbre de trente-six couleurs, et, après leur avoir fait traverser plusieurs salons magnifiquement meublés, il les introduisit dans une petite pièce tendue de velours vert et éclairée par une seule lampe.