Durant près d'une minute, l'ancien copain de Me Roberjot demeura indécis. Ce qu'il souffrait de se voir ainsi acculé, il était aisé de le voir à la contraction de ses traits et aux gouttes de sueur qui perlaient le long de ses tempes.

—Il n'y a pas à hésiter, mon père, prononça M. Lucien.

M. Verdale tressaillit à ces mots, et un éclair de fureur brilla dans ses yeux.

—Me sauver de ce côté, murmura-t-il, n'est-ce pas me perdre de l'autre!...

Puis, tout à coup, se décidant:

—Eh bien!... soit, fit-il, du ton désespéré de l'homme qui s'abandonne, soit! écoutez.

Et s'étant assis:

—Vous savez aussi bien que moi, commença-t-il, la situation de la duchesse de Maillefert et de son fils, en ces dernières années. Ruinés, criblés de dettes, ils n'avaient pour vivre que les générosités de Mlle Simone. Bien loin d'être reconnaissants, ils étaient mécontents; les revenus ne leur suffisaient pas, c'est le capital qu'ils voulaient. Vingt fois ils avaient essayé de l'arracher à Mlle Simone, toujours ils avaient échoué. Ils avaient fini par en prendre presque leur parti, lorsque la duchesse de Maumussy vint leur suggérer une idée.

«—Supposons, leur dit-elle, que M. Philippe de Maillefert, gérant d'une société financière ait détourné des sommes considérables et masqué ses détournements par des faux... Est-ce que Mlle Simone ne donnerait pas sa fortune tout entière pour combler le déficit, désintéresser les actionnaires et épargner à son frère la honte de la cour d'assises?... Évidemment si. Eh bien! il faut que M. Philippe ait l'air d'avoir fait ce qu'il est incapable de faire. Il faut qu'il soit gérant de quelque société, qu'il simule des détournements et des faux, et qu'il vienne conjurer sa sœur de le sauver... Elle donnera tout ce qu'on lui demandera, et le tour sera fait.

«Étant donné le caractère de Mlle Simone, ce plan présentait de telles chances de succès, que Mme de Maillefert et son fils n'hésitèrent pas à l'adopter.