Sur le lit, dont l'édredon avait été retiré et jeté dans un coin, gisait le corps déjà roide et glacé du général Delorge.

Ses yeux grands ouverts et sa face convulsée gardaient encore une terrible expression de haine et de mépris...

Une écume sanglante frangeait ses lèvres violacées...

Son habit, souillé de terre, était déboutonné, et une de ses épaulettes manquait.

Sur une chaise, près du lit, étaient déposés le grand manteau du général, son chapeau, dont la pluie avait fripé les plumes, et son épée nue...

A ce spectacle affreux, la malheureuse femme demeura comme clouée sur le seuil, la pupille dilatée, les bras tendus en avant comme pour repousser quelque terrifiante vision. Elle ne pouvait croire, elle ne pouvait se résigner à cette soudaine survenue du néant...

Ce ne fut qu'une seconde...

Elle s'avança en trébuchant et s'abattit sur le lit, serrant entre ses bras d'une étreinte convulsive ce corps inanimé, collant ses lèvres contre ces lèvres glacées et muettes pour toujours... Comme si, dans la démence de sa douleur, elle eût espéré qu'à la chaleur de ses embrassements allait se réchauffer et battre de nouveau ce cœur qui, pendant tant d'années, n'avait battu que pour elle...

—Pauvre femme!... murmura un des inconnus, assez haut pour être entendu de Krauss, pauvre femme!...

Déjà elle s'était redressée, et d'un air égaré, d'un accent indicible d'épouvante et d'horreur: