Avec un homme de sang-froid il eût perdu son temps...

Mais Raymond frémissait de toutes les colères qu'il avait dévorées depuis tant d'années; il tressaillait d'une volupté farouche à l'idée de sentir les chairs du misérable tressaillir sous son fer...

Saisissant donc une épée de combat à une panoplie, il la jeta aux pieds de Combelaine...

Et, s'emparant de l'épée placée en travers du portrait du général Delorge, il la tira de son fourreau, scellé de cire rouge, et tomba en garde en criant:

—Soit!... Un combat, et que Dieu décide!... Défends-toi.

Déjà M. de Combelaine attaquait avec une fureur aveugle, précipitant ses coups, et c'était effroyable, cette lutte mortelle en un si étroit espace. La maison entière retentissait des froissements de l'acier, du choc des meubles renversés, du fracas des mille objets qui, en tombant, se brisaient, et aussi des rauques clameurs de Combelaine, qui avait gardé, du temps où il était prévôt on ne sait où, l'habitude de crier sous les armes...

Pour la seconde fois, Raymond venait d'être touché au cou, et sa blessure, bien qu'insignifiante, saignait abondamment, lorsque la porte du cabinet vola en éclats sous le choc d'une épaule d'hercule.

Dans le corridor se pressaient effarés Laurent Krauss, Cornevin, le docteur Legris, M. de Boursonne, Mme Delorge et le bonhomme Ducoudray...

—Que personne n'entre! cria Raymond d'une voix terrible, cet homme est à moi! Cornevin, que personne n'entre!

Ces vingt mots faillirent lui coûter la vie... Combelaine lui portait, à fond, un coup droit terrible.