—Si j'y songe! répondit-il... Oui, madame, oui, et trop pour notre malheur... Un duel, c'est un combat, et mon général ne s'est pas battu!...
Cette fois, l'infortunée comprit. Elle se dressa d'une pièce, et toute frémissante:
—Expliquez-vous, Krauss, dit-elle. Je suis la femme, je suis... la veuve d'un soldat, je suis brave. Qui avez-vous vu? Qui vous a parlé?...
—Personne... C'est la blessure de mon général qui m'a tout dit... Ah! tenez, madame, écoutez-moi, et vous serez sûre comme je le suis moi-même. Vous nous avez vus faire des armes, n'est-ce pas, quand mon général ou moi nous donnions des leçons à M. Raymond? Vous avez vu que nous nous placions de côté, et effacés le plus possible, pour présenter moins de surface au fleuret? Eh bien! en duel, sur le terrain, on se place de même. Par conséquent, si on reçoit une blessure, ça ne peut être que du côté qu'on présente à l'adversaire, c'est-à-dire du côté du bras dont on tient son épée...
Mme Delorge haletait.
—Or, reprit Krauss plus lentement, si mon général s'était battu, quel côté eût-il présenté à son adversaire? Le côté droit? Non, évidemment, puisque depuis Isly, il ne pouvait plus se servir du bras droit...
—Mon Dieu!... hier encore, il n'a pu tenir un pistolet que de la main gauche...
—Juste! et quand il faisait des armes, c'était toujours de la main gauche. Eh bien! c'est au-dessous du sein droit, et un peu en arrière, que mon général a reçu le terrible coup d'épée qui l'a traversé de part en part et tué roide...
C'était clair cela, et bien admissible, sinon indiscutable.
—Cependant, reprit le vieux soldat, je n'ai pas que cette preuve de ce que je dis. Hier, j'avais donné à mon général une épée neuve, une épée qu'il portait pour la première fois... j'en ai manié la lame, et je jure, sur l'honneur et sur ma vie, que cette épée n'a même pas été croisée avec une autre...