«On me répondit que le général Delorge et un de ses collègues, à la suite d'une violente altercation, étaient descendus dans le jardin et s'y étaient battus à la lueur d'un quinquet que leur tenait un garçon d'écurie.

«Aucune réponse ne fut faite à diverses questions que je posai, mais on me pria d'accompagner celui de ces messieurs qui allait reporter le corps du général à son domicile, et je ne crus pas pouvoir refuser.

«On envoya donc chercher un fiacre où le corps fut porté et où je pris place avec un de mes inconnus...

«Durant le trajet, qui fut long, c'est en vain que j'essayai d'arracher un renseignement à mon compagnon. Et lorsque nous sortîmes de la maison après avoir rempli notre mission: «Prenez le fiacre pour rentrer, me dit-il, moi je reste par ici, où j'ai affaire.» Et il me remit deux billets de cent francs...

«Et moi, aussitôt rentré, j'ai écrit cette relation, que je jure sur l'honneur absolument exacte.»

Plus blanche qu'un linge, et les yeux pleins d'éclairs, Mme Delorge se soulevait des deux mains sur les bras de son fauteuil, et le buste tendu en avant, en proie à d'indicibles angoisses, elle écoutait...

Il n'était pas un mot de cette relation, saisissante en son incorrecte brièveté, qui ne lui parût la confirmation de ses soupçons.

Pourquoi ce mystère, s'il n'y avait pas eu de crime? Pourquoi ce corps caché dans une salle basse, la conférence de ces hommes en habit noir, cette recherche tardive d'un médecin, ces allées et ces venues, par des portes dérobées, ce refus obstiné de répondre à toutes les questions?...

Ainsi pensait la pauvre femme, lorsque M. Ducoudray cessa de lire.

—Malheureusement, murmura-t-elle, il faudrait plus que des présomptions si concluantes qu'elles puissent être, il faudrait de ces preuves décisives qui démontrent le crime et écrasent le coupable... Pourquoi ne se pas enquérir d'un autre côté?...