—Diable! grommela M. Ducoudray, voilà beaucoup de soldats!...

L'impression désagréable qu'il en ressentit devint décidément fâcheuse lorsqu'il se fut approché d'un groupe qui s'était formé au coin de la rue Castiglione, devant une affiche qu'on venait de placarder.

Un jeune homme, l'œil enflammé et la parole vibrante d'indignation, racontait ce qui était advenu la veille de la tentative de résistance des représentants réunis à la mairie du Xe arrondissement.

—Ils étaient au moins trois cents, disait-il... S'étant constitués, ils venaient de décréter la déchéance du président et de nommer le général Oudinot commandant en chef des troupes, quand un officier, un sous-lieutenant de chasseurs à pied, se présente et les somme de se disperser... Ils refusent, ils déclarent qu'ils ne céderont qu'à la force... Aussitôt la salle des délibérations est envahie par des agents et des soldats, qui empoignent les représentants du peuple et les traînent à la caserne du quai d'Orsay, où ils sont prisonniers...

Il fut interrompu par un sergent de ville, qui, d'une voix rude, cria:

—Dispersez-vous!... Les rassemblements sont défendus!...

Cela indigna M. Ducoudray.

—Pourquoi donc colle-t-on des affiches, objecta-t-il, s'il est interdit de s'arrêter pour les lire...

—Vous, le vieux, prononça l'agent, je vous engage à filer, sinon!...

Sinon quoi? Il accompagnait sa menace d'un si terrible coup d'œil, que M. Ducoudray crut voir s'entr'ouvrir la porte des cachots...