—Votre domestique, madame, reprit-il, le sieur Krauss, m'a dit que les douleurs que ressentait au bras le général étaient plus ou moins vives, selon les saisons.

—Cela est vrai, monsieur, et aussi selon la température. Ainsi, le jour où mon mari a été... tué, il souffrait plus que d'ordinaire.

—Et la preuve, ajouta Raymond, c'est que le matin même nous avons tiré le pistolet, et qu'il ne pouvait même pas soulever son arme de la main droite.

Si peu expérimentée que fût Mme Delorge, elle voyait bien que cette question était, comme on dit au palais, le nœud de l'affaire, et que de sa solution, en un sens ou en l'autre, dépendait la décision du magistrat.

Se hâtant donc d'intervenir:

—Lorsque sur ma demande, dit-elle, le commissaire de police est venu chez moi, il était accompagné d'un médecin qui a examiné le corps de mon mari... Ce médecin a dû voir les blessures que le général Delorge avait reçues au bras, à cette bataille d'Isly, où il fut, pour son courage, porté à l'ordre du jour de l'armée.

—Il les a vues, madame, répondit le juge, il les a même décrites, et je vais vous donner lecture de ce passage de son rapport... Il tira, en effet, un papier d'un dossier volumineux et lut:

«...Au bras droit, trois cicatrices déjà anciennes, provenant de blessures d'armes blanches, et qui doivent gêner les mouvements, sans qu'il soit possible de déterminer jusqu'à quel point.»

Mme Delorge eut un geste indigné.

—Et c'est là tout!... s'écria-t-elle. Mais, monsieur, ces cicatrices étaient effroyables... Il y en avait une qui, partant de l'épaule, descendait jusqu'à la saignée... Ah! que ne les avez-vous vues!... Je demanderai, s'il le faut, l'exhumation du corps de mon mari...