Il demeura quelques moments absorbé par l'effort de ses réflexions, puis soudainement:

—Mais je ne saurais prendre un parti ainsi, sur-le-champ. J'ai besoin de me consulter, de dresser un plan d'attaque. Une démarche imprudente ne se rachète pas. Rien ne presse. Avant de m'avancer, je veux sonder le terrain, je veux être édifié sur le compte de M. de Combelaine. Un de mes amis est fort lié avec un intime de la baronne d'Eljonsen, il me renseignera...

—La baronne d'Eljonsen? répéta Mme Delorge, à qui ce nom n'apprenait rien.

—Oui... C'est la femme qui a élevé M. de Combelaine... Elle a été, dit-on, une des plus fidèles amies du prince-président lorsqu'il était en exil... Voici dix-huit mois qu'elle est fixée à Paris...

Puis, d'un accent résolu, et qui était bien, il n'y avait pas à s'y méprendre, l'expression sincère de sa pensée:

—Quoi qu'il advienne, madame, ajouta-t-il, comptez sur moi et remettez-vous à mon dévouement. Tout ce que j'ai d'intelligence et d'énergie, je l'appliquerai à une cause que je considère comme mienne. Tout ce qu'il est humainement possible de faire, je le ferai. Seulement...

Il hésita, et non sans embarras:

—Seulement, dit-il encore, je dois vous demander la permission de me présenter chez vous. On peut prévoir telle circonstance urgente...

Mais Mme Delorge ne le laissa pas achever.

—Est-il donc besoin de vous dire, monsieur, interrompit-elle, que vous serez toujours le bienvenu? J'ai la mémoire des services rendus, monsieur...