Ce n'était pas un naïf que Me Sosthènes Roberjot.
De même qu'à tous les avocats, il lui était arrivé de s'éprendre d'une cliente venue pour le consulter.
Une femme jeune et jolie est si séduisante, lorsque, les yeux noyés de pleurs et le sein haletant, elle vous dit d'une voix émue:
—Vous êtes mon seul appui et ma suprême espérance... Mon honneur, mon bonheur et ma vie sont entre vos mains... Je m'abandonne à vous, sauvez-moi...
Me Roberjot avait sauvé plus d'une cliente éplorée.
Mais jamais encore il n'avait ressenti ces sensations profondes qui le remuaient en présence de Mme Delorge. Sa vie était bouleversée depuis qu'il la connaissait. Il découvrait à l'existence des horizons nouveaux qu'il ne soupçonnait pas. Toutes ses idées se modifiaient. S'il eût traduit ce qu'il ressentait, on ne l'eût pas reconnu... Il ne se reconnaissait plus lui-même.
—Serais-je donc amoureux? se demandait-il.
Sans songer que toujours cette question est résolue lorsqu'on se la pose.
Amoureux, lui! un vieux sceptique, un ancien maître clerc d'avoué!... Cette idée, qui l'eût fait pouffer de rire quinze jours plus tôt, ne lui semblait alors nullement ridicule.
Et pourquoi pas?...