Élevait-on la voix? On voyait aussitôt Justus abandonner sa grosse pipe de porcelaine, et accourir d'un air inquiet, en demandant d'un accent impossible:
—Qu'est-ce? Qu'y a-t-il qui ne va pas?
Ce n'est pas lui qui jamais eût eu l'affreux courage de congédier un consommateur, quand sonnait l'heure de la fermeture des cafés.
Pour peu qu'il y eût une partie engagée ou quelques moos encore à vider, sournoisement il fermait sa devanture et gardait ses clients tant qu'il leur plaisait de rester, au mépris de toutes les ordonnances de police.
En ces occasions, qui étaient fréquentes, le Prussien envoyait Adonis se coucher et veillait seul.
Il suffisait à tout, et il fallait le voir, partagé entre la jubilation d'un bénéfice assuré et les transes d'un procès-verbal possible.
Car enfin, il risquait d'être pris en flagrant délit de contravention, il l'avait été déjà et condamné à une amende. Aussi se tenait-il continuellement debout contre ses volets clos, l'œil et l'oreille alternativement collés à une fente.
Et lorsqu'il croyait distinguer sur le trottoir le pas cadencé des sergents de ville de faction:
—Silence! disait-il à ses clients de contrebande, silence! Voilà la police; nous sommes pincés...
C'est ainsi que, certaine nuit de février 1870, Justus Putzenhofer faisait le guet, pendant que trois de ses clients continuaient paisiblement une partie de whist engagée depuis le dîner.