«—Puisque c'est ainsi, repris-je, indiquez-nous par où l'on passe pour arriver jusqu'à Mlle Misri.
«Mais elle se mit à rire plus fort encore, nous demandant d'où nous venions pour nous imaginer qu'on entrait ainsi dans un théâtre comme dans un moulin, ajoutant que, si nous avions quelque chose à faire savoir à Mlle Flora, nous n'avions qu'à guetter sa sortie ou à lui écrire un mot qui lui serait remis à l'instant.
«Mon mari ayant adopté ce dernier parti, la concierge lui prêta un crayon, et il écrivit à la Fée des Eaux un billet, où il lui disait que, si elle était Adèle Cochard, elle eût la bonté de regarder tout en haut, à l'amphithéâtre des troisièmes, qu'elle y verrait sa sœur Julie.
«Et là-dessus, nous regagnâmes nos places, Laurent très en colère de l'insolence de la portière, moi bien peinée.
«Bientôt la Fée des Eaux parut, et il me sembla que son premier regard avait été jeté de notre côté... Je ne m'étais pas trompée: nos yeux se rencontrèrent, et, à travers toute cette salle, s'envoyèrent un baiser.
«—C'est, ma foi, elle! me dit Laurent. Tiens, voici qu'elle nous fait un signe.
«Effectivement, tout en dansant elle nous adressait des saluts de la main.
«J'étais toute bouleversée. Après quatre ans, deux sœurs se retrouver ainsi, tout à coup, au théâtre, l'une dans la salle, l'autre, brillante, parée, applaudie, se donnant en spectacle!
«Ce qui n'empêche que je ne cessais de me demander comment nous nous verrions, lorsqu'à un nouvel entr'acte une ouvreuse se glissa jusqu'à nous et demanda à mon mari s'il était bien M. Laurent Cornevin.
«Mon mari ayant répondu:—Oui.