«Ma sœur demeurait au second étage d'une belle maison neuve.
«Une bonne, au sourire à la fois insolent et doucereux, nous ouvrit, nous reçut familièrement, comme des hôtes attendus, et nous fit entrer dans un appartement qui me parut tout ce qu'on peut imaginer de plus riche et de plus magnifique.
«Ce n'était pas l'avis de Laurent.
«Lui qui a servi dans de très grandes maisons, chez le comte de Commarin et chez le marquis d'Arlange, il me disait à l'oreille que tout ce qui reluit n'est pas d'or et que tout ce que je voyais n'était que du clinquant.
«Au bout de cinq minutes à peu près, ma sœur parut, vêtue d'un superbe peignoir de dentelles...
«Mais elle était ravie de nous voir, c'est de tout cœur qu'elle se jeta dans mes bras et qu'elle embrassa ensuite mon mari et mes enfants.
«Mes enfants surtout l'étonnaient.
«—Comment! vous en avez trois, répétait-elle, et moi qui n'en savais rien!...
«Nous n'étions pas chez ma sœur depuis cinq minutes, que déjà je regrettais notre rencontre. N'ayant conservé de notre jeunesse que d'amers ou d'odieux souvenirs, elle s'était mise à se plaindre avec une violence extraordinaire de toute notre famille, de nos frères, de nos sœurs, de notre père, qu'elle n'appelait jamais que le vieil ivrogne, de notre mère surtout, qu'elle haïssait terriblement.
«Toutes ces récriminations arrivaient bien mal, mon mari n'aimant guère les miens.