«Ami Roberjot,

«Si, au reçu de cette lettre, tu la portes chez le procureur de la République, il s'empressera de décerner contre moi un mandat d'amener.

«Et je serai arrêté, jugé et condamné à cinq ans de réclusion, si je ne réussis pas à passer à l'étranger.

«Grâce à un faux, j'ai décidé ton agent de change à vendre le titre entier que tu m'avais confié, et je m'en suis approprié le montant, soit cent dix-huit mille neuf cent trente et un francs.

«C'est un indigne abus de confiance, je le sais, mais une occasion se présentait, si belle, si sûre, si facile de gagner en quinze jours de trois à cinq cent mille francs, que je n'ai pas su résister à la tentation... Je te le dis, en vérité, l'occasion est sûre, il faudrait l'impossible pour que je perde ton argent.

«Et si tu es assez généreux et assez sage pour ne rien dire, d'aujourd'hui en quinze, je te porterai la moitié de mon gain, c'est-à-dire une fortune...

VERDALE...»

Me Roberjot se laissa tomber sur une chaise.

—Ah! le misérable! murmurait-il, je suis ruiné!...

Si philosophe que l'on soit et détaché des biens de ce monde, ce n'est jamais volontiers qu'on se résigne à perdre cent vingt mille francs, le tiers de ce que l'on possède.