—Voilà une épouvantable scène, disait l'excellent M. Ducoudray, en retirant les capsules des pistolets de Krauss, et dont les suites peuvent nous être bien funestes!...
Cependant Mme Delorge ne s'en affligeait pas.
Ce qui l'inquiétait, à cette heure qu'elle avait le loisir d'y réfléchir et d'en mesurer la portée, c'était la menace d'une pension, qui avait été l'adieu de M. de Maumussy.
Était-elle exposée à cette humiliation affreuse de lire quelque matin, dans le Moniteur officiel:
«Le prince-président, dont on sait la sollicitude pour l'armée, a décidé qu'une pension viagère de six mille francs serait servie sur sa cassette à la veuve du général Pierre Delorge?...»
Que faire, si un tel coup venait à la frapper?
Cette épouvantable perspective la tourmentait à ce point qu'elle ne put clore l'œil de la nuit, et que le lendemain, dès neuf heures, elle se faisait conduire chez Me Roberjot, le seul, estimait-elle, qui pût lui donner un conseil.
C'était un jeudi—le jour, précisément, où expirait le délai fixé par M. Verdale à son «vieux camarade».
Lorsque la malheureuse femme se présenta chez l'avocat:
—Que madame prenne la peine d'entrer, lui dit le domestique; monsieur vient de sortir, mais pour quelques minutes seulement; il va revenir...